En ce 1er mai, fête du Travail, nous sommes invités à porter un regard profond sur une réalité qui fait partie de notre vie quotidienne : le travail. Notre société s’arrête aujourd’hui un instant pour reconnaître son importance. Dans le pays, des dépôts de gerbe honorent ceux qui ont contribué à l’histoire du travail et aux luttes sociales.
Dès les premières pages de la Bible, nous voyons que le travail fait partie du projet de Dieu pour l’homme et Dieu lui-même travaille : il crée le monde, il organise la vie, il confie à l’homme la mission de cultiver et garder la terre. Le travail n’est donc pas une punition mais une vocation. Il est une participation à l’œuvre de Dieu. L’homme est invité à collaborer avec Dieu pour faire fructifier la création. La Bible insiste aussi sur la responsabilité de travailler et, en ce sens, le travail est lié à la responsabilité personnelle, à la dignité humaine et à la contribution au bien commun. Et Jésus lui-même, avant sa mission publique, a travaillé comme charpentier. Par cela, il a sanctifié le travail humain.
Célébrer en ce 1er mai la fête du Travail c’est reconnaître la valeur du travail ainsi que celle du travailleur.
Une valeur humaine
Le travail permet à la personne de se réaliser. Il est une part essentielle de notre humanité. Le travail est donc bien plus qu’un moyen de subsistance. Il permet à la personne de contribuer à la société. Que nous soyons artisans, ouvriers ou patrons, entrepreneurs, le travail permet de développer les talents, la créativité et le sens des responsabilités.
Nous l’avons vu dans la procession d’entrée :
Chacun, à sa manière, participe à bâtir notre pays.
Une valeur de dignité
Selon la doctrine sociale de l’Église, notamment exprimée dans l’encyclique Laborem Exercens de Jean-Paul II, le travail a une valeur parce que c’est l’homme qui travaille.
Autrement dit, ce n’est pas seulement ce que l’on produit qui compte, mais la personne elle-même. Le travail doit toujours respecter la dignité du travailleur, jamais l’exploiter.
Une valeur sociale
Le travail permet de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, mais aussi de contribuer au bien commun. Il crée du lien, de la solidarité et participe à la construction de la société. Une société juste est celle qui valorise tous les travailleurs, sans exclusion.
La montée en flèche du coût de la vie actuellement en raison du contexte mondial est bien la preuve de la difficulté auxquelles font face des familles pour joindre les deux bouts et mener une vie décente. Le panier de la ménagère se rétrécit. Une solidarité de tout bord et surtout venant d’en haut est une obligation morale (Tou dimoune bisin serre ceinture). C’est un signal fort que tous peuvent se faire solidaire quand il s’agit de vivre l’austérité en ces temps difficiles.
Une valeur spirituelle
Pour les chrétiens, le travail peut devenir un lieu de sanctification. En unissant son travail à celui du Christ — qui lui-même a travaillé comme artisan — l’homme participe à l’œuvre de rédemption.
Chaque tâche, même humble, peut être offerte à Dieu et devenir prière.
Valeur du travailleur
Si le travail a de la valeur, le travailleur en a encore plus. Trop souvent, notre monde mesure la valeur d’une personne à sa productivité, à son salaire ou à son statut. Pourtant, pour Dieu, chaque personne a une dignité infinie. Un travailleur n’est ni un outil, ni un moyen. Il a une dignité qui vient de Dieu et cette dignité doit être respectée. Il a de la valeur parce qu’il est une personne créée à l’image de Dieu (cf. Genèse 1,27). C’est la personne qui donne dignité au travail.
C’est pourquoi aussi l’Église insiste sur la justice : un salaire juste, des conditions de travail dignes, le respect de la personne humaine. Là où le travail écrase l’homme, il perd son sens. Là où le travail respecte l’homme, il devient chemin de bénédiction.
Un monde en mutation
En 1891, le Pape Léon XIII dans le contexte de la révolution industrielle à la fin du 19ème siècle écrivait une encyclique dans laquelle il menait en avant la « dignité du travailleur » et définissait la dignité du travail comme l’activité humaine ordonné au bien de la personne. Il soulignait la dimension personnelle et sociale du travail. Mettre l’homme dans ses différentes dimensions au cœur du travail c’est faire valoir la primauté de la personne et ne pas réduire le travailleur à un simple outil de production.
Plus de cent ans après, cet enseignement est toujours d’actualité. Nous vivons une époque marquée par de profondes mutations et la réalité du travail est bouleversée.
A Maurice nous n’échappons pas à ces mutations. D’abord, il y a la mutation technologique : l’informatique, l’intelligence artificielle transforment nos manières de produire, de communiquer et même de penser. Certains métiers disparaissent, d’autres naissent. Beaucoup de travailleurs vivent avec la peur de devenir inutiles. Et pourtant, au cœur de ces changements, une question essentielle demeure : l’homme est-il encore au centre du travail, ou devient-il un simple rouage d’un système ?
Ensuite, il y a la mutation économique. La mondialisation ouvre des horizons, mais elle crée aussi des déséquilibres. Certains profitent de la croissance, tandis que d’autres restent sur le bord du chemin. Le chômage, la précarité, touchent de nombreuses familles. Et nous devons nous interroger : le travail est-il encore un lieu de dignité ou devient-il parfois une source d’insécurité et d’injustice ?
Il y a aussi la mutation sociale. Le travail devient plus flexible, parfois plus instable. Le télétravail (le « work from home ») change profondément les relations humaines. Beaucoup travaillent seuls, isolés, parfois épuisés. Et nous voyons apparaître une nouvelle souffrance : celle du manque de lien, du manque de reconnaissance.
À cela s’ajoute une mutation écologique. La terre elle-même souffre de nos modes de production. Nous prenons conscience que le travail ne peut pas être pensé uniquement en termes de profit, mais aussi de responsabilité envers la création, ce don de Dieu confié à l’humanité.
Enfin, il y a une mutation plus profonde encore : celle du sens même du travail. Dans nos sociétés, le travail est parfois devenu une idole, où l’on vaut seulement ce que l’on produit. À l’inverse, certains perdent le goût du travail, faute d’espérance ou de perspective. Et beaucoup se sentent vidés intérieurement, comme si le travail ne suffisait plus à donner sens à leur vie.
Dans ce monde en mutation, l’Église nous rappelle une vérité essentielle : le travail est fait pour l’homme, et non l’homme pour le travail. Il est une participation à l’œuvre créatrice de Dieu. Il est un lieu de dignité, de responsabilité, et de construction du bien commun.
C’est pourquoi, au milieu de toutes ces mutations, une question fondamentale nous est posée aujourd’hui : comment faire en sorte que le travail reste humain, juste et porteur de vie ?
Les travailleurs migrants
Je ne peux pas passer sous silence une réalité, de plus en plus visible, apparue ces dernières années dans notre pays : la présence de nombreux travailleurs migrants. Ils sont environ 60 000 à avoir quitté leur pays et leur famille pour contribuer à notre économie. Cela est dû à une pénurie de main-d’œuvre locale et sans doute aussi à un certain désintérêt des Mauriciens pour certains métiers.
On les retrouve dans nos usines, dans nous supermarchés, sur les chantiers, dans les hôtels. Leur présence est une richesse, mais aussi un appel à notre conscience.
Nous leur devons reconnaissance et respect. Ces travailleurs venant de l’étranger ont de la valeur.
Conclusion
Célébrer le monde du travail en ce 1er mai ce n’est pas uniquement faire mémoire d’engagements passés, de combats gagnés mais c’est reconnaître que le travail construit l’homme et nous invite à nous engager à faire que l’humain soit au centre du travail.
En ce jour, demandons au Seigneur la grâce de bâtir une société plus juste, plus fraternelle, où chaque travailleur soit respecté, reconnu.
Amen.
P. Georgy Kenny
Vicaire Général
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