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Introduction En 1997, Mgr Maurice E. Piat, évêque de Port Louis a nommé un Secrétariat responsable du Synode à Rodrigues. Le 21 septembre 1997, le Synode a été officiellement lancé à Rodrigues au cours d'une messe solennelle. Puis, cent cinquante délégués de différents paroisses, mouvements et institutions se sont rassemblés au Centre François Thévaux pour une rencontre avec l'évêque. La première étape du Synode à Rodrigues a permis à plus de cent équipes synodales de relire l'histoire de Rodrigues et l'histoire de l'Église à Rodrigues. Dans un deuxième temps, il y a eu une grande consultation demandant aux chrétiens de s'exprimer sur l'Église, la manière d'être Église, l'engagement de l'Église et son fonctionnement; ils ont été également consultés concernant l'engagement des chrétiens individuellement et au sein des Mouvements dans la societé rodriguaise. Suite à cette consultation, en lien avec les sept priorités exprimées en août 1994 lors d'une session de cent délégués avec l'évêque, Mgr Maurice E. PIAT après consultation du Secrétariat du Synode de Rodrigues retint les cinq thèmes suivants:(1) Inculturation de la foi (2) Consolider la foi personnelle en Jésus Christ (3) La famille (4) Présence active des chrétiens dans la vie rodriguaise et (5) Elaboration d'une pastorale d'ensemble et mise en place des structures appropriées. Après plusieurs rencontres de formation, de réflexion, les membres des cinq commissions ont formulé des propositions et les ont présentées aux membres de l'Assemblée synodale qui les ont discutées, amendées et votées. Ce présent document contient le fruit du travail de l'Assemblée synodale et nos propositions à notre évêque, Mgr Maurice E. Piat. Chapitre premier Inculturation de la foi INTRODUCTION Durant la première étape de notre réflexion du Synode, nous avons pris conscience de notre histoire, de l'histoire de l'Eglise. Il a souvent été question de la rencontre de l'Evangile avec les Rodriguais, du respect de la culture par l'Eglise à l'époque. Nous avons aussi pris conscience de la nouveauté qu'a apportée le Concile Vatican II à l'Eglise dans son ensemble et à Rodrigues. Depuis, beaucoup d'efforts ont été réalisés pour enraciner la foi dans les réalités du pays. Cela s'est traduit par un plus grand engagement de l'Eglise en faveur d'un développement intégral du Rodriguais, par la promotion des Mouvements d'Action Catholique, des associations sociales et par un ensemble d'innovations au niveau de la liturgie. Ainsi nous pouvons affirmer que l'Eglise à Rodrigues est déjà sur le chemin de l'inculturation. En même temps, nous nous rendons compte qu'il faut aller beaucoup plus loin dans cette INCULTURATION pour que la foi des chrétiens soit vraiment centrée sur la Personne Vivante de Jésus Christ. 1. L'Inculturation de la foi 1.1 Inculturation est un mot inventé par l'Eglise pour évoquer la relation foi et culture. Il figure uniquement dans les textes d'Eglise. L'Inculturation se définit comme : la rencontre de la Personne vivante de Jésus Christ avec une culture donnée avec pour la valoriser, l'humaniser, la transformer, la purifier pour que l'homme soit cette personne créée à l'image de Dieu, une personne libre, une personne nouvelle. Ainsi les valeurs défendues par un peuple, les coutumes, les langages, les histoires qu'ils racontent, la façon d'organiser le travail, le temps, la façon de voir la vie, la mort, la sexualité, l'environnement et surtout la façon d'exprimer les convictions, les croyances, les luttes c'est-à-dire la culture, doit être profondément respectée par l'Eglise. En même temps l'Evangile qu'Elle prêche présente des défis pour la culture, en essayant de l'élever, de l'enrichir. C'est d'ailleurs ce que nous dit le Pape Paul VI au Synode des évêques de l'Océanie. « Loin d'étouffer ce qu'il a de bon et d'original dans chaque culture humaine, l'Eglise accepte, respecte et met en pratique le génie de chaque groupe humain......... » Ce qu'il nous faut surtout souligner c'est que, dans l'inculturation de la foi, LE MYSTERE DE L'INCARNATION, LE MYSTERE DE LA MORT ET DE LA RESURRECTION DU CHRIST SONT A L'ŒUVRE. Donc, inculturer c'est croire et annoncer qu'en Jésus, Dieu s'est fait homme, qu'il a pris notre condition de vie humaine. Ainsi il l'a valorisée et, par sa mort et sa résurrection, il a libéré l'homme de tout ce qui le diminue et qui l'opprime. C'est croire et annoncer le Christ présent aujourd'hui qui continue à nous valoriser, nous humaniser, nous transformer, nous libérer. Cependant, cette transformation, ne se fait pas sans notre participation. Elle se réalise à travers des actions que nous menons pour améliorer notre vie, à travers nos engagements au sein d'associations. Ainsi l'inculturation ne se résume pas à la prise en compte des expressions culturelles uniquement. C'est la prise en compte de toute la vie, des gens, ses fêtes, ses luttes. La lutte pour la justice qui aide l'homme à s'épanouir à travers la solidarité encourage la participation. Cette participation aide à la transformation du monde, la transformation des conditions de vie, des mentalités et des cœurs. 1.2 Pourquoi faut-il que l'évangile soit inculturé ? Le message de Jésus et de l'Evangile, tel qu'il a été prêché à l'origine par les apôtres, était profondément marqué par la culture juive de l'époque. Mais le Pape Paul VI souligne « qu'en même temps leur enseignement était différent de cette culture, car avec ses valeurs et ses priorités empreintes de nouveauté, ce message représentait un défi pour les pratiques et les croyances. » Cela s'applique à toute l'Eglise et dans toutes les sociétés. Dans la nôtre, dans la culture rodriguaise, il y a des aspects positifs qu'il faut valoriser, élever et développer. En même temps notre culture rodriguaise, comme toute culture qui rencontre l'Evangile, doit être provoquée par lui. Les aspects négatifs qui ne sont pas ou qui sont peu compatibles avec la Bonne Nouvelle doivent être transformés et purifiés. Aujourd'hui la tendance dans l'Eglise est de tenir compte des formes et des éléments culturels en essayant de voir s'ils peuvent être traduits et transformés de façon créatrice afin de fournir à l'Eglise une occasion de se renouveler. Ainsi pour inculturer la foi il faut tenir compte de deux influences majeures : les valeurs traditionnelles et les valeurs véhiculées par la société moderne. Cela exige que l'Eglise soit attentive à la manière dont ces influences agissent sur les comportements, les expressions, les choix des personnes dans la vie, dans les célébrations aussi bien que dans leurs luttes. Il est donc évident qu'inculturer l'Evangile n'est pas superficiel et cela ne se limite pas aux rites. « C'est au contraire, avec une audace toute spirituelle, insérer la force du levain de l'Evangile et sa nouveauté plus jeune que toute modernité au cœur même des ébranlements de notre temps, en gestation de nouveaux modes de penser, d'agir et de vivre. » PROPOSITIONS Inculturation Etant donné que l'Eglise à Rodrigues est déjà sur le chemin de l'Inculturation (même si beaucoup reste à faire), qu'il y a un patrimoine et des acquis à ne pas perdre, et considérant que tous les chrétiens, les Mouvements, les personnes impliquées n'en sont pas suffisamment conscientes, l'Assemblée Synodale propose : que toutes ces expériences soient valorisées, approfondies, soutenues, partagées ou diffusées afin que toute l'Eglise en prenne conscience et en saisisse les raisons profondes. que l'Eglise s'engage dans la publication écrite et audio-visuelle de ces expériences « afin que rien ne se perde ». 2.2 Le langage Etant donné que l'Eglise à Rodrigues est présente dans les réalités à travers son engagement et ses prises de positions officielles : lettres Pastorales, homélies etc...et considérant que sa parole devait être comprise par l'ensemble des chrétiens, l'Assemblée Synodale propose : - que les lettres pastorales, les textes officiels (journaux, bulletins, magazines) soient publiés dans un langage simple accessible au plus grand nombre et compris par l'ensemble. qu'une équipe soit mise sur pied pour la traduction en créole des textes quand cela s'avère nécessaire. que l'on fasse un relevé des expressions utilisées par les chrétiens pratiquants à Rodrigues, qu'on note des attitudes et des comportements qui repoussent et excluent des baptisés de la famille ecclésiale . 2.3 La Commission Inculturation l'Assemblée Synodale propose : que la commission inculturation du synode soit une commission permanente avec des moyens et en lien avec le Centre Carrefour. qu'elle ait pour tâche de poursuivre la recherche commencée lors du Synode et de permettre à l'Eglise de vivre le parcours qu'elle a vécue en tant que Commission synodale. qu'elle aide les groupes à s'évaluer et à avancer. qu'elle se penche sur toute question ayant trait à l'inculturation. 2.4 La formation commune Ayant à l'esprit qu'au centre de l'inculturation se trouve le mystère de l'Incarnation, de la Rédemption et de la Résurrection qui est la base de notre foi chrétienne, que cet élément essentiel est souvent absent des programmes de formation et considérant la nécessité d'une annonce d'un Dieu vivant incarné dans les réalités rodriguaises et celles du monde actuel, l'Assemblée synodale propose : que le mystère de l'Incarnation - de la Résurrection et de la Rédemption constitue l'aspect central de tout programme de formation pour tous les chrétiens peu importe le mouvement, le groupe, l'institution...... que cette formation se fasse en lien avec l'histoire, la culture de Rodrigues et celle du groupe concerné. Cela inclut aussi le groupe de recherche (G.D.R) et pour une inculturation plus profonde de l'Evangile, que le contexte et l'environnement rodriguais soient davantage exploités pour une meilleure compréhension et une plus grande adhésion à la Parole de Dieu. (l'aspect rural, l'aspect historique et socio-culturel de Rodrigues) 2.5 Une pedagogie a adopter Considérant la nécessité et l'urgence pour l'Eglise d'inculturer davantage l'Evangile et étant consciente que la pédagogie inclusive valorise la personne, sa culture, et que c'est un aspect important de l'inculturation. l'Assemblée Synodale propose: que cette méthode c'est-à-dire partir de l'expérience des gens, reconnaître leur culture, mettre en valeur leurs connaissances pour les emmener plus loin, soit adoptée par l'Eglise dans son ensemble et plus particulièrement :- la catéchèse, les sessions de formation, les mouvements, les institutions telles que : le centre agricole, l'Ecole ménagère, l'Ecole de sculpture.................... Le Centre CARREFOUR Etant donné le rôle joué par le Centre Carrefour de par sa présence dans les réalités sociales, économiques, culturelles, et politiques, de par son programme de formation et tout ce qu'il peut offrir comme lieu de ressource et de rencontre aux divers groupes et personnes, l'Assemblée Synodale propose: - qu'une information claire soit donnée aux gens sur le travail, le rôle, les objectifs et la mission du Centre Carrefour comme institution d'Eglise. - qu'il puisse bénéficier du soutien de tous les membres de la hiérarchie et des institutions et qu'il soit défendu quand il se trouve persécuté. 2.7 Les traditions Etant donné qu'en raison de notre passé historique (peuplement, colonisation, évangélisation) beaucoup de chrétiens maintiennent des pratiques traditionnelles qui ne semblent pas toujours cohérentes avec la foi en Jésus Christ, l'Assemblée Synodale propose : - que l'Eglise adopte une attitude nouvelle vis-à-vis de ses chrétiens c.à.d qu'elle écoute et cherche à comprendre avant d'accuser de superstitions. - qu'une étude soit faite, avec l'aide de spécialistes, pour mieux comprendre ce qu'il y a derrière nos pratiques et certaines activités. - que les veillées mortuaires soient évangélisées - qu'on profite des recherches disponibles dans les autres îles (Réunion, l'île Maurice etc...) - que la CEDOI favorise les échanges dans ce sens, 2.8 La modernité Considérant que la modernité véhicule à travers ses idées nouvelles des valeurs qui ont une influence sur notre manière de regarder la vie, sur notre conception du bonheur et que ces valeurs sont souvent contraires aux valeurs évangéliques, et qu'elles risquent de nous rendre esclaves, l'Assemblée Synodale propose : que l'Eglise aide davantage les chrétiens et toute personne de bonne volonté à trouver le sens du vrai bonheur et à chercher dans la société moderne ce qui favorise la promotion de la personne selon l'esprit de l'Evangile. Cette éducation aux vraies valeurs inclut l'utilisation des médias par les enfants et les jeunes, un regard critique sur la société de consommation et une formation aidant à faire des choix et des priorités dans la vie. 2.9 La Catechèse Pour qu'il y ait chez les enfants et les jeunes un véritable éveil de la foi leur permettant de découvrir Jésus Christ présent et vivant dans leurs histoires, leurs cultures, celle de Rodrigues et celle du monde actuel, l'Assemblée Synodale propose - qu'il y ait une commission de catéchèse pour travailler un programme commun, prenant en compte les réalités susmentionnées. Cette commission travaillera en lien avec la commission Inculturation. - qu'il y ait une formation initiale et continue des enseignants. que le texte de la Genèse (la Création) soit relu et réinterprété en prenant en considération la situation actuelle de l'environnement aujourd'hui. que la relation Création/Environnement fasse partie de la formation catéchétique des enfants et des jeunes. que le programme de catéchèse primaire et sa mise en pratique soient évalués. et qu'on s'assure qu'en fin de parcours les enfants aient acquis les connaissances élémentaires de la foi chrétienne. qu'il y ait une salle spécialisée pour la catéchèse dans chaque école de la R.C.E.A. 2.10 La messe dominicale Vu l'importance de la messe dominicale dans la vie de l'Eglise et consciente de la nécessité de rendre cette célébration plus vivante et mieux inculturée, considérant qu'il y a chez nous des expériences et des témoignages qui méritent d'être proclamés comme Bonne Nouvelle aujourd'hui, l'Assemblée Synodale propose : qu'on continue l'effort d'intégrer au maximum les éléments de la culture locale dans la messe. que les réalités de vie (les événements) y soient présents. que cette célébration devienne graduellement une fête où les gens se sentent à l'aise, où l'on participe au lieu d'assister, où la parole est partagée avec les membres de l'assemblée que les homélies soient préparées avec une équipe de chrétiens aussi souvent que possible. que les comités liturgiques et les chorales soient formés à développer cette attention à la vie et aux événements touchant la communauté, afin de les intégrer dans la célébration. que la messe des enfants tienne davantage compte de leur âge et de leurs centres d'intérêt. 2.11 Les bâtiments l'Assemblée Synodale propose: que dans les constructions à venir, (chapelle, écoles, ou autres), soient pris en compte des éléments de la culture rodriguaise que la disposition intérieure favorise la participation, l'esprit communautaire, que le décor (style, couleurs, matériels) soient le signe d'une Eglise insérée dans le peuple que des scènes de la vie rodriguaise en même temps que des scènes bibliques puissent également faire partie du décor. 2.12 Les nouveaux prêtres Etant donné que Rodrigues constitue un peuple avec ses réalités propres et que par conséquent s'est développée une originalité de l'Eglise à Rodrigues. l'Assemblée Synodale propose : que chaque nouveau prêtre affecté à Rodrigues prenne le temps et se donne le temps nécessaire pour se former, pour comprendre Rodrigues (son histoire, sa culture, son église, ses luttes, ses problèmes etc....) avant de commencer à exercer ses responsabilités. qu'il y ait une continuité dans le travail commencé. 2.13 Les hommes Considérant le fait que les hommes sont peu présents dans les instances d'Eglise et que c'est d'abord à eux de proposer des solutions à ce problème, l'Assemblée Synodale propose : qu'il y ait une enquête auprès des hommes pour savoir (de leur point de vue) pourquoi ils sont si peu nombreux à avoir une présence active dans les instances d'Eglise. 2.14 Le nouvel an Ayant toujours à l'esprit que « loin d'étouffer ce qu'il y a de bon et d'original dans chaque culture dans chaque forme de culture humaine, l'Eglise accepte, respecte et met en pratique le génie de chaque groupe humain conférant variété et beauté »,considérant la place qu'occupe le nouvel an (banané) dans la culture rodriguaise et que cet événement constitue un moment où beaucoup de valeurs évangéliques sont vécues (partage, réconciliation, rapprochement de famille, nouveau départ, accueil, pardon), l'Assemblée Synodale propose : que l'Eglise considère cette fête comme importante en valorisant ses aspects évangéliques et en faisant du « nouvel an » une fête solennelle.
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