23/12
2013

P. JM Labour : »Je suis intellectuellement anti raciste et contre le racisme, d’où qu’il vienne »

Nous reproduisons ci-dessous une interview du pere Jean-Maurice Labour, Vicaire General. cette interview a ete publiee dans Le Defi Quotidien du 23 decembre 2013.
Les résultats du CPE sont tombés, il y a une semaine, quel est votre constat de ces résultats dans les écoles situées dans les zones défavorisées et qui bénéficient de l’aide de l’Eglise ?
Certes, il y a eu une amelioration car le travail effectue depuis plusieurs annees porte ses fruits.  Deux facteurs expliquent cela : le soutien special accorde aux zones defavorisees et cette annee-ci, le changement dans la manière de calculer le taux de reussite. Les 1st sittings sont desormais calcules separement des repeaters. Statistiquement, le probleme a été transfere ailleurs et dessine un tableau quantitativement meilleur MAIS au niveau de la qualite, la realite reste la meme  sauf dans quelques cas exceptionnels.
Je reviens au soutien et a l’encadrement special accorde aux zones defavorisees avec l’appui de la societe civile qui offre son aide financiere- les ecoles ZEP sont mieux equipees que certaines ecoles non-ZEP. Mais le cadre agreable, equipe et dernier cri n’est pas le facteur premier pour l’obtention des resultats, le facteur humain et la pedagogie etant de beaucoup les plus importants. Si un enfant est suivi des son plus jeune age, a l’ecole et au sein de la famille, il a plus de chances de reussir. Mais il faudrait qu’a l’ecole, il soit bien encadre par un Head Master qui a le ‘drive’ pour faire reussir les eleves et qui motiverait ses enseignants a donner le meilleur d’eux-memes,  Ces enseignants ne doivent pas hesiter a sortir des sentiers battus et a susciter en chaque eleve le desir d’apprendre- c’est cela la clef de la reussite. Mais il arrive souvent que le corps enseignant se laisse prendre par la routine et le defaitisme.  Nous avons entendu des commentaires tels que ‘avec ceux-la, il n’y a rien a faire !’. C’est un cercle vicieux qui perdure meme au sein de la famille car les parents ne motivent pas assez leurs enfants et ne donnent pas l’encadrement necessaire. Cependant, je ne generalise pas car il y a aussi des parents bien engages qui encadrent leurs enfants d’une manière remarquable. Cependant, ce que l’Eglise fait dans les ecoles defavorisees, grace a des personnes de bonne volonte,  n’est qu’un palliatif car c’est le système qui n’est pas inclusif, pas adapte a tous les enfants de la Republique de Maurice.
 
Vous êtes resté constant dans la critique de ce même système, en arguant qu’il défavorise les Créoles. A quoi attribuez-vous cette situation ?
 Le système d’Education défavorise les pauvres dont la majorité est créole. Je ne crois pas qu’un système d’éducation ait été mise en place pour défavoriser les créoles. Mais une conjugaison de facteurs concourent à les défavoriser : certains de ces facteurs viennent des créoles eux-mêmes. Mr Cassam Uteem a identifié  par exemple, la fragilité de la famille créole; mais certains facteurs  viennent d’un système qui favorisent trop l’académique au détriment des autres intelligences  où les créoles et les autres pauvres sont plus à l’aise. D’un système  qui manque d’efforts pédagogiques pour une approche qui respecte la culture et les handicaps du monde créole,  par exemple la non mise en pratique des procédures du ZEP. D’autres facteurs viennent d’une stigmatisation raciste envers les créoles.Les enfants ne sont pas racistes naturellement mais ils l’apprennent dans leur familles. Or il m’est rapporté bien des cas de racisme anti créoles par des enfants et des jeunes hindous et musulmans.
 
Certains pensant que vous seriez viscéralement anti-hindou, car depuis l’Indépendance, des dirigeants hindous auraient mis en place un ‘véritable’ système en leur faveur et par là-même, excluant les Créoles ?
 
Je suis intellectuellement anti raciste et je suis contre le racisme, d’où qu’il vienne. Ne généralisons pas : le racisme se trouve dans toutes les communautes. Mais parfois il y a une culture de préjugés hérités, balancés dans les familles qui se transmettent aux enfants. La plupart des Mauriciens, moi compris, nous  portons en nous  le péché originel des préjugés pieusement appelés « communalistes »à l’encontre des communautés autre que la nôtre.. préjugés qui ne sont  pas loin du racisme. Il y a  a un gros travail à faire sur soi même pour lutter contre ce racisme véhiculé et transmis de génération en génération. la Commission Justice et Vérité a demandé que le suivi de son rapport devrait consister à faire un travail de relecture de notre histoire pour corriger les stéréotypes historiques qui sont à la racine de ce racisme bien mauricien. Mais rien n’a été fait par les autorités, dit ce rapport, pour faire un véritable programme de construction d’une société mauricienne pluriculturellle. Il y a beaucoup d’hypocrisie. Nous avons un discours très respectueux des autres mais nous fonctionnons de manière très raciste. Il y a un fossé entre les discours au niveau  des forums internationaux et la réalité des pratiques de terrain. J’ai montré, chiffres à l’appui, que dans la fonction publique il n’y a que 5% ou 10 %  au grand maximum de créoles dans les catégories d’emploi qui demandent le CPE ou la senior. On y protège bien sa montagne. On me taxe de raciste anti hindou pour mieux occulter les faits que j’avance.
 
Les critiques ont aussi été nombreuses contre la modernisation outrancière de l’ile Maurice, caractérisée par ses galeries commerçantes, et excluant des citoyens et favorisant un peu plus une société individualiste et matérialiste.
 
Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Notre système n’arrive pas à opérer la transition sociale des plus pauvres. Plus le monde progresse en terme de moyens technologiques plus il y a de pauvres. La question n’est pas de condamner la modernisation mais que cette modernisation atteigne tout le monde et pas seulement une minorité au détriment de ceux qui n’ont pas le minimum vital. Or si on entend par modernisation que la consommation de tous les humains  atteigne le niveau des américains ou des européens, cela est impossible. Les spécialistes disent qu’il faudrait alors Cinq ou six planètes pour  que les 6 milliards d’humains vivent à ce niveau.  Il faut réduire notre consommation, en  réduisant notre niveau de vie pour que des biens soient mieux distribués. Le message de Noël dans son fond est que Dieu est venu partager la condition humaine dans sa simplicité, dans sa pauvreté puisque Jésus est né dans une mangeoire d’animaux. Le déferlement consumériste du mois de décembre est contraire à l’esprit chrétien  de Noël.
L’Eglise, comme partout dans le monde, est très impliquée dans la vie sociale. Quel type de société correspond à ses principes dans une ile Maurice pluriethnique et parfois exacerbée par des divisions et discours ostracisants ?
 
Dans son récent message au monde et à  l’Eglise, le pape François consacre la moitié de son exortation à ce qui à ses yeux , je cite : « détermineront l’avenir de l’humanité. Il s’agit en premier lieu  de l’intégration sociale des pauvres et en  outre, de la paix et du dialogue social.( paragraphe 185 de l’Exortation Evangelii Gaudium.) L’Eglise milite pour le dialogue interreligieux dans le respect des différences. Nous ne sommes pas pour une république qui absorberait les originalités religieuses sous la laïcité… selon le modèle français. Que chacun garde son originalité dans le respect des différences.

La question de la séparation des pouvoirs a été récemment portée sur la place publique. Est-il possible aux religions de se garder loin du champs politique, et inversement, alors qu’on sait que le Mauricien est profondément croyant?
 
Les religions devraient se garder loin de la politique partisane en refusant de donner par exemple des consignes de vote à leurs coreligionnaires. Mais on ne peut pas affirmer non plus que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu’elle n’existe  seulement que pour préparer les âmes pour le ciel. On ne peut priver à la foi en Dieu ses implications sociales et politiques. les religions se doivent au nom de leurs convictions issues des livres saints, de faire valoir par exemple leur options préférentielles pour les plus pauvres, mais dans un dialogue social, à travers des engagements de terrain, à travers la société civile, des ONGs, mais pas dans la politique de parti et de gouvernement. de garder cette distance revient aux deux parties : les religieux aussi bien que les hommes politiques doivent se garder d’utiliser , de manipuler, d’instrumentaliser l’autre pour des avantages bassement matériels pour les premiers  et électoralistes pour les seconds.

Commentaires

  1. On ne peut pas traiter des gens qui denoncent une injustice tant au niveau sociale et economique de raciste. Pere labour est un defenseur des droits civiques et aussi un homme de parole qui denonce quand rien ne vas . C`est vrai notre systeme Educatifs n`est pas a la portee de tous. Ceux qui entourent leurs enfants ont la chance de voir leurs enfants reussir, cela concerne tout les communautes .Surtout Pere labour est un homme de L`eglise qui accueille et aussi ouvert a tout le monde sans distinction de race, de couleurs . Regarder dans notre system educatifs catholique, nous avons une population etudiantines mutli raciales enfin un arc en ciel ou nous f formons pas pas les elites mais des hommes et des femmes de demain qui feront honneur a notre societe de demain.
    JOYEUX NOEL

  2. Maria COULON a écrit:

    «On doit reconnaître et Saluer l’Histoire» disait Aimé Césaire.

    Le refus de reconnaître l’Histoire est à mon égard le grand mal du racisme. Une grande partie de l’Histoire prend essor au temps de l’esclavage, les traces et les preuves sont bien présentes, les esclaves travaillaient la terre et faisaient d’autres métiers, pourtant chaque année, il y a une reconnaissance de l’Histoire des immigrants indiens et de ses descendants qui se déclarent les premiers laboureurs, a croire, que c’est par eux, par leurs propre sueurs que le pays s’est développé.
    Aussi longtemps que les hommes et les femmes fausseront l’Histoire de ce pays et qu’une partie du peuple mauricien se sentiront plus supérieurs que d’autres le racisme remontera a la surface, pour l’instant levons nos mains au ciel, qu’il y est des gens qui luttent et soutiennent les plus faibles, surtout, les enfants.

    Je cite quelques phrases d’Aimé Césaire : tant est enracinée en Europe, et dans tout les partis et dans tous les domaines, de l’extrême droite a l’extrême gauche, l’habitude de faire pour nous, de disposer pour nous, de penser pour nous, bref, l’habitude de nous contester ce droit a l’initiative et qui est en définitive, le droit a la personnalité.
    J’appuie sur la pensée d’Aimé Césaire, La reconnaissance de l’Histoire apportera le signe que notre société aura gagné en intelligence.

Exprimez vous!

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